Le Mémorial Canadien de Courcelette – (Photo © 2025 Eric Le Maître).
Lieux de mémoire de la Grande Guerre
Le Mémorial Canadien de Courcelette (80-Somme)
Auteur : Eric Le Maître
A propos du Mémorial Canadien …
Situé en bordure de la D929, le Mémorial canadien de Courcelette se dresse au cœur d’un parc arboré, marquant l’emplacement d’une victoire décisive mais coûteuse pour le Corps expéditionnaire canadien en 1916.
Ce monument de granit, sobre et imposant, rend hommage aux 24 029 soldats canadiens tombés durant la Bataille de la Somme. Il rappelle le rôle crucial de ces « troupes de choc » qui, après avoir quitté le saillant d’Ypres, ont affronté l’enfer des tranchées picardes pour briser les lignes allemandes.
C’est ici, le 15 septembre 1916, que les Canadiens ont mené leur premier assaut d’envergure. Soutenus par une innovation technologique majeure pour l’époque — les chars de combat — et protégés par un barrage roulant d’artillerie, ils ont réussi l’exploit de s’emparer de la célèbre « Sucrerie », un bastion réputé imprenable, avant de libérer le village de Courcelette.
Le parc qui entoure le mémorial est également symbolique : les sentiers et la végétation sont entretenus par la Commission des tombes de guerre du Commonwealth (CWGC) pour offrir un lieu de recueillement paisible, contrastant avec la fureur des combats de 1916.
(Photo © 2025 Eric Le Maître)
(Photo © 2025 Eric Le Maître)
La Bataille de Courcelette (septembre 1916) : Le baptême du feu canadien
Le 15 septembre 1916 marque un tournant majeur pour le Corps canadien dans la Somme. Engagés dans l’offensive de Flers-Courcelette, les Canadiens quittent leurs positions du saillant d’Ypres pour affronter l’une des lignes allemandes les plus fortifiées. L’objectif est audacieux : s’emparer du village de Courcelette et de ses points d’appui stratégiques.
Dès l’aube, l’attaque est lancée sur un front de deux kilomètres. Cette bataille entre dans l’histoire pour l’utilisation, pour la toute première fois, des chars de combat (tanks). Malgré leur lenteur et leurs pannes fréquentes, ces colosses d’acier sèment la panique dans les rangs ennemis. Derrière un « barrage roulant » — une pluie d’obus progressant juste devant l’infanterie — les soldats canadiens s’élancent avec une détermination qui surprend l’état-major.
Le premier obstacle majeur, la Sucrerie, tombe en quelques heures. C’est un bastion transformé en forteresse, mais rien n’arrête l’élan des troupes. En fin de journée, le village de Courcelette est repris. Les jours suivants sont marqués par d’innombrables contre-attaques allemandes et des combats au corps à corps d’une violence inouïe. En tenant fermement leurs positions sous un pilonnage incessant, les Canadiens gagnent ici leur surnom de « troupes de choc ». Cette victoire, bien que locale, prouve l’efficacité des nouvelles tactiques de combat mais laisse derrière elle un paysage dévasté et un bilan humain tragique.
Bilan des pertes (Secteur de Courcelette – Automne 1916)
Les chiffres témoignent de l’intensité des combats pour ce seul secteur de la Somme. Notez que les statistiques précises par village sont souvent intégrées au bilan global de l’offensive.
| Belligérants | Pertes totales (estimations) | Détails |
| Corps Canadien | ~ 24 000 hommes | Inclut environ 6 000 morts, le reste en blessés et disparus pour l’ensemble de la campagne de la Somme. |
| Allemands | ~ 15 000 à 20 000 hommes | Chiffres incluant les prisonniers (très nombreux lors de la prise de la Sucrerie) et les blessés. |
Note historique : Le nombre élevé de disparus s’explique par la violence de l’artillerie qui pulvérisait littéralement le terrain, rendant l’identification des corps impossible dans de nombreux secteurs.
(Source : Musée Canadien de la Guerre)
Deux soldats Canadiens marchent le long d’un chemin creux près de Courcelette, en octobre 1916.
(Source © Wikimedia Commons)
Un monument de granit pour l’éternité
L’édification et l’architecture du Mémorial
Contrairement au mémorial géant de Vimy, le monument de Courcelette est un « Mémorial de bloc », un style choisi par le Canada pour marquer les étapes clés de son avancée en Europe.
- L’Architecte : Le monument a été conçu par Frederick Chapman Clemesha, un architecte canadien qui était lui-même un vétéran de la Grande Guerre (il a servi dans le 46e Bataillon canadien et a été blessé au combat). Son projet avait terminé deuxième au concours national pour le mémorial de Vimy, et le gouvernement a décidé d’utiliser son dessin pour les huit autres sites commémoratifs canadiens en France et en Belgique.
- Le Matériau : Il s’agit d’un bloc monolithique de granite gris (granite de Stanstead, provenant du Québec). Ce choix symbolise la solidité et l’immuabilité du souvenir.
- La Forme : Le bloc de granite est taillé de manière très sobre, avec des bords légèrement chanfreinés. Il repose sur une terrasse basse en pierre, au milieu d’un parc paysager.
- L’Inauguration : Le mémorial a été inauguré le 22 septembre 1923.
(Photo © 2025 Eric Le Maître)
Pourquoi ce mémorial est unique ?
À l’époque, le Canada avait décidé d’ériger des monuments identiques sur les champs de bataille de Passchendaele, Saint-Julien (le « Soldat en Brooding »), Le Quesnel, etc. Mais celui de Courcelette est particulièrement symbolique car il est situé sur le site de la « Sucrerie », le point de départ de leur première victoire majeure dans la Somme.
Le saviez-vous ? Le terrain sur lequel repose le mémorial est un don perpétuel de la nation française au Canada, en reconnaissance des sacrifices consentis.
Le message de la pierre : les inscriptions du Mémorial
L’inscription principale (Face avant)
Au centre du bloc de granit, on peut lire une inscription en français soulignant l’importance stratégique du Corps canadien :
« L’armée canadienne prit une part glorieuse à la rupture du front allemand sur ces côtés pendant la bataille de la Somme, 3 septembre – 18 novembre 1916. »
L’hommage circulaire (Sur le socle)
Tout autour de la base du monument, une phrase en anglais rend hommage au caractère universel du sacrifice des soldats, qu’ils soient tombés ici ou ailleurs sur le front occidental. Voici sa traduction :
« Honneur aux Canadiens qui, sur les champs de bataille des Flandres et de France, ont combattu pour la cause des Alliés avec sacrifice et dévouement. »
La symbolique du bilinguisme
Il est important de noter que le choix d’inscrire ces textes en français et en anglais était une volonté forte du gouvernement canadien de l’époque. Cela reflétait la composition de ses troupes, notamment avec la présence du 22e Bataillon (le « Vingt-Deux »), seule unité d’infanterie francophone à avoir combattu au sein du Corps canadien, et qui s’est illustrée héroïquement ici même, à Courcelette.
Sources et bibliographie
📑 Archives départementales de la Somme.
🇨🇦 Anciens Combattants Canada – Direction du patrimoine.
🏛️ Archives de la Commonwealth War Graves Commission (CWGC).
📖 Le Corps expéditionnaire canadien, 1914-1919, Colonel G.W.L. Nicholson.
Pour vous rendre sur le site …
Le Mémorial canadien de Courcelette est situé à environ 30 kilomètres au nord-est d’Amiens. Pour y accéder, le plus simple est d’emprunter la D929 (l’axe historique Albert-Bapaume).
- 🚗 Depuis Albert (environ 10 min) : Sortez d’Albert direction Bapaume. Après avoir traversé le village de Pozières, roulez encore 2 km. Le parc du mémorial se trouvera sur votre gauche.
- 🚗 Depuis Bapaume (environ 12 min) : Prenez la direction d’Albert. Le site se situe sur votre droite, juste après avoir dépassé le village de Courcelette.
- 🅿️ Stationnement : Un petit parking est disponible à l’entrée du parc pour stationner en toute sécurité.
Guides des champs de bataille 14-18
N°17 : Bataille de la Somme, 1916 - Tome 4 : front britannique, 18 juillet au 18 novembre.
Guide de 29 pages A4 au format PDF à télécharger et à imprimer.
➔ 22 lieux de mémoire à visiter sur le champ de bataille de la Somme 1916.
➔ 1 carte de l'évolution de la ligne de front pendant la bataille entre le 1er juillet 1916 et le 18 novembre 1918.
➔ 1 « Feuille de route » et 18 plans pour vous aider à localiser les monuments et les lieux de mémoire.
➔ 45 photographies en couleur.
➔ Création exclusive d’Eric Le Maître pour le site guerre1914-1918.fr.
Prix : 3,95 €

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