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Le Mémorial franco-britannique – Thiepval (80-Somme)

Vue du mémorial de Thiepval depuis le cimetière militaire franco-britannique avec les alignements de stèles et l'allée centrale.

Le Mémorial franco-britannique de Thiepval – (Photo © 2025 Eric Le Maître).

Lieux de mémoire de la Grande Guerre

Le Mémorial franco-britannique de Thiepval (80-Somme)

Auteur : Eric Le Maître

A propos du Mémorial de Thiepval …

Dominant majestueusement le plateau qui sépare l’Ancre de la Somme, le Mémorial de Thiepval est le monument le plus emblématique du Commonwealth sur le sol français. Inauguré le 31 juillet 1932 par le Prince de Galles, ce colosse de briques et de pierre de Portland s’élève à 45 mètres de hauteur. Son architecture unique, faite d’arches entrelacées, est l’œuvre du célèbre architecte britannique Sir Edwin Lutyens.

Bien plus qu’une simple construction, ce mémorial est un « monument aux disparus ». Sur ses seize piliers massifs sont gravés les noms de plus de 72 000 soldats britanniques et sud-africains tombés entre juillet 1915 et mars 1918, et dont les corps n’ont jamais été retrouvés ou identifiés. Le site a été choisi pour sa valeur hautement stratégique : le village de Thiepval était l’un des piliers de la défense allemande, transformé en une véritable forteresse que les troupes britanniques mirent des mois à conquérir au prix de pertes effroyables. Aujourd’hui, le mémorial et son cimetière franco-britannique adjacent symbolisent l’union indéfectible des deux nations dans l’épreuve.

L'imposante arche centrale du mémorial de Thiepval vue depuis l'allée principale du cimetière militaire en août 2025.

Le Mémorial franco-britannique de Thiepval photographié depuis le cimetière militaire (80-Somme)
(Photo © 2025 Eric Le Maître)

L’architecture et la symbolique : Le génie de Lutyens

Le choix de Sir Edwin Lutyens comme architecte n’est pas dû au hasard. Ce dernier a conçu une structure complexe basée sur l’idée d’une arche de triomphe dont les dimensions augmentent de façon exponentielle. Le monument est composé d’une série d’arches entrelacées de tailles différentes, créant une perspective vertigineuse lorsque l’on se tient en son centre.

La symbolique la plus forte réside cependant dans les seize piliers de briques rouges. Sur ces parois de pierre blanche sont gravés les noms des 72 337 disparus. Le critère pour figurer ici était simple et tragique : ne pas avoir de sépulture connue. Si un corps est retrouvé et identifié aujourd’hui dans les champs de la Somme (ce qui arrive encore parfois), son nom est alors effacé du mémorial, car il possède enfin une tombe à son nom. Au sommet du monument, les drapeaux britannique et français flottent ensemble, rappelant que Thiepval est un mémorial franco-britannique, honorant l’alliance sacrée des deux nations durant l’été 1916.

Vue artistique en contre-jour sous l'arche principale du mémorial de Thiepval, soulignant la géométrie et les noms des disparus gravés dans la pierre.
L’arche principale du Mémorial de Thiepval.
(Photo © 2025 Eric Le Maître)

Le cimetière militaire franco-britannique : L’union dans le sacrifice

Juste en contrebas du mémorial, le cimetière militaire franco-britannique de Thiepval offre une image saisissante de la fraternité d’armes. Contrairement aux autres cimetières de la région, celui-ci a été voulu comme un symbole fort de l’alliance entre les deux nations. Aménagé entre 1924 et 1932, il rassemble les corps de 600 soldats (300 Britanniques et 300 Français), trouvés pour la plupart sur les champs de bataille de la Somme après la signature de l’armistice.

Ce qui frappe le visiteur, c’est la disposition symétrique des tombes de part et d’autre de l’allée centrale. À gauche, les stèles blanches rectangulaires du Commonwealth ; à droite, les croix de pierre françaises. Une immense majorité de ces hommes — environ les deux tiers — reposent ici sans avoir pu être identifiés. Ce lieu de silence, au pied du géant de briques, rappelle que derrière les chiffres vertigineux de l’offensive se cachent des destins individuels brisés
Alignement des croix françaises du cimetière de Thiepval avec la Croix du Sacrifice britannique en arrière-plan.
Les tombes françaises au premier plan, la Croix du Sacrifice au centre, et les tombes britanniques en arrière-plan.
(Photo © 2025 Eric Le Maître)
Stèle du Commonwealth du fusilier J. Ritchie, Royal Irish Rifles, mort au combat le 1er juillet 1916 à Thiepval.

Sépulture du fusilier J. Ritchie du Royal Irish Rifles, mort le 1er juillet 1916.
(Photo © 2025 Eric Le Maître)

Tombe du sergent Émile Léon Pasquier, 62e Régiment d'Infanterie, mort pour la France le 28 juillet 1915.
Sépulture du sergent Émile Léon Pasquier du 62e RI, mort pour la France le 28 juillet 1915.
(Photo © 2025 Eric Le Maître)
Tombe du sergent territorial Edmond Dumesnil, 18e RIT, mort pour la France le 10 juin 1915 au cimetière de Thiepval.

Sépulture du sergent Edmond Dumesnil, mort pour la France le 10 juin 1915.
(Photo © 2025 Eric Le Maître)

Thiepval 1916 : L’enfer au cœur de la Somme

En 1916, Thiepval est l’un des points les plus fortifiés de la ligne allemande. Perché sur une crête dominant la vallée de l’Ancre, le village a été rasé, mais ses caves ont été transformées en abris profonds reliés par des tunnels. Pour les troupes britanniques, c’est un obstacle infranchissable.

Le 1er juillet 1916, à 7h30, l’offensive est lancée. Malgré une préparation d’artillerie sans précédent, les mitrailleuses allemandes sortent des abris dès que le barrage se lève. Dans ce secteur, les pertes sont terrifiantes : des régiments entiers, comme les Royal Irish Rifles ou le Dorsetshire Regiment, sont fauchés en quelques minutes dans le « no man’s land ».

Il faudra attendre près de trois mois de combats acharnés et l’intervention des premiers chars d’assaut pour que les troupes britanniques parviennent enfin à s’emparer des ruines du village et de la célèbre « Redoute des Souabes » le 27 septembre 1916. Cette victoire tactique a coûté la vie à des dizaines de milliers d’hommes, dont beaucoup n’ont jamais été retrouvés, leurs corps ayant été pulvérisés ou ensevelis par les bombardements incessants. C’est précisément pour ces hommes sans sépulture que le mémorial a été érigé.
Bilan humain de la bataille de la crête de Thiepval (26-28 sept. 1916)

Les chiffres témoignent de la violence des assauts finaux pour briser ce verrou stratégique après trois mois d’échecs. Si l’utilisation coordonnée de l’artillerie et de l’infanterie a permis une avancée majeure, le prix payé pour chaque mètre de tranchée conquise reste effroyable. Le nombre important de pertes de part et d’autre souligne l’acharnement des défenseurs wurtembergeois face à la détermination des divisions britanniques. Ces statistiques illustrent le tournant de septembre, où Thiepval finit par tomber, laissant derrière lui un champ de ruines et des milliers de disparus.

Belligérants Unités principales engagées Pertes estimées (26-28 sept. 1916)
Empire Britannique 18e, 11e et 1ère Divisions canadienne Environ 12 000 hommes (tués, blessés, disparus)
Allemagne 7e, 8e et 26e Div. de Réserve Inconnues avec précision (env. 2 300 prisonniers)
Vue aérienne de reconnaissance des tranchées allemandes et du village de Thiepval, Somme, 1er juin 1916.

Photo aérienne du 1er juin 1916 : le village de Thiepval et le réseau dense des tranchées de première ligne et de soutien allemandes, un mois avant l’offensive.
(Source : Wikimedia Commons / Public Domain)

Le saviez-vous ? Le génie de Sir Edwin Lutyens

Le mémorial de Thiepval est l’œuvre magistrale de l’architecte britannique Sir Edwin Lutyens. Pour répondre au défi de graver 72 000 noms sans écraser le visiteur, Lutyens a conçu une structure unique au monde : une succession d’arches imbriquées les unes dans les autres, s’élevant à 45 mètres de hauteur.

Ce jeu d’arches de tailles différentes permet de multiplier les surfaces murales (les piliers) pour y inscrire les noms, tout en conservant une impression de légèreté et de vide. Lutyens a décrit son œuvre comme une « architecture du silence ». On lui doit également le célèbre Cénotaphe de Londres et le mémorial de Villers-Bretonneux. À Thiepval, il a réussi l’exploit de transformer la brique rouge locale et la pierre blanche en un pont éternel entre la terre de Picardie et le souvenir des disparus.

Portrait en noir et blanc de l'architecte Sir Edwin Lutyens, concepteur du mémorial de Thiepval, photographié en 1921.

Sir Edwin Lutyens (1869-1944), l’architecte visionnaire à l’origine du mémorial de Thiepval. Photo prise en 1921.
(Source : Wikimedia Commons / Domaine Public).

Sources et bibliographie

📑 Archives départementales de la Somme (Séries R : Recrutement militaire).
🇬🇧 Archives de la Commonwealth War Graves Commission (CWGC) – Mémorial de Thiepval.
🇫🇷 Base de données « Mémoire des Hommes » – Ministère des Armées.
📐 Sir Edwin Lutyens : Architect of Remembrance, Gavin Stamp.
📖 La Bataille de la Somme, 1916 : Les combats de la crête de Thiepval (Wikipédia).

Pour vous rendre sur le site …

Le mémorial de Thiepval domine la vallée de l’Ancre. C’est l’un des sites les plus imposants du Circuit du Souvenir, situé entre les villes d’Albert et de Bapaume.
 

  • 🚗 Depuis Albert (environ 15 min) : Prenez la direction d’Amiens/Bapaume (D929). À Pozières, tournez à gauche sur la D151 en direction de Thiepval. Le mémorial est visible de loin sur votre droite avant d’entrer dans le village.
  • 🚗 Depuis Bapaume (environ 15 min) : Prenez la D929 direction Albert. Au village de Pozières, tournez à droite sur la D151 en direction de Thiepval. C’est l’itinéraire le plus simple pour accéder au parking principal.
  • 🚗 Depuis Arras (environ 30 min) : Suivez la D917 direction Bapaume, puis bifurquez vers Miraumont (D107). Traversez le village et suivez les indications « Mémorial de Thiepval » qui vous feront monter sur le plateau.
  • 🅿️ Stationnement et accès : Un grand parking gratuit est situé juste en face du Centre d’Accueil (Visitor Centre). De là, un chemin piétonnier aménagé vous mène en quelques minutes au mémorial et au cimetière franco-britannique.
  • 🚶 Conseil : Le site est vaste. Prévoyez de bonnes chaussures si vous souhaitez faire le tour des bois environnants où subsistent des traces de tranchées.

Guides des champs de bataille 14-18

Couverture du guide 14-18 n°17 : Somme 1916 Tome 4

N°17 : Bataille de la Somme, 1916 - Tome 4 : front britannique, 18 juillet au 18 novembre.

Guide de 29 pages A4 au format PDF à télécharger et à imprimer.

➔ 22 lieux de mémoire à visiter sur le champ de bataille de la Somme 1916.
➔ 1 carte de l'évolution de la ligne de front pendant la bataille entre le 1er juillet 1916 et le 18 novembre 1918.
➔ 1 « Feuille de route » et 18 plans pour vous aider à localiser les monuments et les lieux de mémoire.
➔ 45 photographies en couleur.
➔ Création exclusive d’Eric Le Maître pour le site guerre1914-1918.fr.

Prix : 3,95 €

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